Pendant trois jours, j’ai eu la chance de participer, avec plusieurs de mes collègues, au colloque Résister et réinventer, Le développement des communautés comme pilier de la transition socioécologique, organisé par le Collectif des partenaires en développement des communautés au Centre Saint-Pierre, à Montréal.

Ce rassemblement a réuni des personnes engagées autour d’une question centrale : comment le développement des communautés peut-il devenir un levier concret de la transition socioécologique ?

Dès le Forum ouvert, j’ai retrouvé des échos de ce que nous vivons au quotidien à Communagir : le besoin de créer des espaces où l’on peut se rencontrer autrement, ralentir, reprendre contact avec le sens profond de notre engagement. La force des échanges venait de cette volonté partagée de retisser les liens humains, d’accueillir la diversité des parcours et des points de vue, et de se donner la liberté d’expérimenter, d’échouer parfois et d’apprendre ensemble.

Ces moments m’ont rappelé combien, dans mon travail d’accompagnement, il est essentiel de poser les conditions pour que les collectifs puissent se parler sincèrement, créer de la solidarité et retrouver le plaisir de travailler ensemble, avant même de se projeter dans des étapes plus opérationnelles ou financières. Comme les participant·es du Forum, je constate que l’identification d’un horizon commun, même modeste, est un moteur puissant pour nourrir l’espoir et la mobilisation.

Les deux journées de conférences ont renforcé ces réflexions. Nicolas Duvoux, sociologue et directeur du Centre en philanthropie à l’Université de Genève, a rappelé que les politiques publiques, souvent éloignées des réalités des populations vulnérables, peuvent involontairement accentuer les inégalités. Cette perspective résonne particulièrement avec ma pratique : dans l’accompagnement des collectifs, il est toujours nécessaire d’ancrer les projets dans le vécu des territoires et des acteurices, et d’intégrer toutes les voix pour construire des démarches réellement inclusives.

Elisabetta Bucolo, enseignante-chercheuse au CNAM, a proposé une approche transformationnelle, qui insiste sur trois leviers : agir sur les causes de la vulnérabilité, transformer les structures et impliquer activement les personnes concernées. Dans mon quotidien à Communagir, je retrouve cette logique : accompagner un collectif, c’est travailler à la fois sur la vision commune, sur la gouvernance partagée et sur les conditions concrètes pour que chacun·e puisse contribuer à la mise en œuvre de solutions durables.

Enfin, Lina Álvarez Villarreal, politologue et militante écoféministe, a offert un regard décolonial et relationnel invitant à revisiter nos manières de faire et de nous relier au monde. Elle a rappelé que la transition ne peut se réduire à des changements techniques ou institutionnels : elle est avant tout humaine et relationnelle. Cette idée rejoint l’expérience que nous faisons régulièrement dans l’accompagnement des collectifs : le succès d’un projet tient autant à la qualité des liens et des dialogues qu’aux étapes planifiées et aux résultats attendus.

Les ateliers m’ont permis de confirmer que travailler « avec des pas pareils » requiert du temps, de la patience et une réelle ouverture. Les différences de culture, de langage ou de priorités ne sont pas des obstacles à contourner, mais plutôt des occasions de renforcer le collectif et de construire des trajectoires adaptées à chaque réalité. Dans ma pratique, j’observe la même dynamique : accompagner un collectif, c’est aider les personnes et les groupes à concilier leurs différences, à identifier leurs leviers et à coconstruire un chemin commun dans le respect de leurs spécificités.

Au terme de ces trois journées, je repars avec la conviction que résister aux logiques qui fragmentent nos milieux et réinventer nos façons de travailler ensemble sont des pratiques indissociables. À Communagir, cela se traduit par la mise en place d’espaces de dialogue authentiques, par l’accompagnement des processus participatifs et par l’appui aux collectifs pour qu’ils puissent se projeter concrètement dans leurs actions en gardant à l’esprit le lien et la solidarité comme fondements.

Ces rencontres ont confirmé qu’agir ne se limite pas à produire des résultats. Agir, c’est aussi tisser des relations, accueillir la complexité et construire, pas à pas, des communautés capables de traverser les crises et d’inventer collectivement de nouveaux horizons.

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