Expérimentation inédite : une formation mutualisée pour coordonner les espaces intersectoriels

Du 21 au 23 mai 2025, à l’initiative du Collectif des partenaires en développement des communautés (CPDC), plusieurs formatrices de divers organismes de soutien en développement des communautés territoriales –L'ÎLOT,Niska, leCentre St-Pierre,Communagir,Dynamo etPercolab – se sont réunies au Centre Vacances Lac Simon (Portneuf) pour offrir ensemble la formation « Savoir coordonner des espaces intersectoriels ». Une première dans ce format.

Quentin Ayadi, chargé de la valorisation et du partage de connaissances chez Communagir, a pris un moment pour discuter avec sa collègue Maude Roy-Chabot, formatrice et conseillère pivot en mobilisation des connaissances et accompagnements, pour revenir sur cette expérience collective audacieuse et hautement collaborative.

Un projet né d’une envie de mutualiser les forces

Quentin Ayadi – Un parcours de formation mutualisé, c’est assez rare. Peux-tu nous dire d’où est née cette idée ?

Maude Roy-Chabot – La première impulsion vient des États généraux du développement des communautés. Cette démarche avait déjà permis à plusieurs organismes d’accompagnement de collaborer, d’animer des ateliers ensemble, de créer du contenu commun.

Une expérience marquante, parce qu’on n’avait pas l’habitude de travailler ensemble. On s’est découvert·es, on a part

agé un plaisir sincère autour d’un but commun.Après ça, dans les travaux de l’Alvéole d’innovation sur le roulement de personnel, plusieurs constats ont émergé: les personnes qui coordonnent d

es démarches collectives vivent souvent de l’isolement, manquent de soutien et n’ont pas toujours accès à une formation de base adaptée. On s’est dit qu’il y avait là un besoin important auquel on pouvait répondre ensemble.

L’idée a donc germé : et si on créait un parcours commun, en mutualisant nos expertises ?  Rapidement, chaque organisation a identifié ses « contenus vedettes ». Ce qui est beau, c

’est qu’on a su reconnaître les forces de chacun·e, avec humilité et clarté. Et à partir de là, la collaboration a été étonnamment fluide. On s’est rapidement rendu compte qu’on pouvait construire quelque chose de solide ensemble.

Une coconstruction fertile

Quentin – Comment s’est passée cette coconstruction à plusieurs ?

Maude – On a travaillé à la fois sur les contenus et sur le format pédagogique. On a eu de vraies discussions: en ligne, en hybride, en présence ? Et pour qui ? Mais une fois qu’on a décidé qu’on voulait offrir une véritable expérience humaine, en présence, tout s’est accéléré.

La collaboration a été incroyablement efficace et le leadership du CPDC a permis que tout ça se concrétise. On s’est rassemblées une journée complète à Montréal pour faire le design du parcours. Chacune est arrivée avec ses contenus, ses envies, ses méthodes. Et rapidement, on a vu se dessiner une cohérence. On s'est inspiré de la théorie U pour structurer la formation. Ce processus permet de partir de ses connaissances, observations, expériences pour tranquillement plonger vers un certain lâcher prise, une invitation à explorer sa posture, sa présence, ses paradoxes et à découvrir de nouvelles pratiques à intégrer.

Ensuite, chacune des formatrices est repartie travailler son bloc en s’ajustant à ce que les autres proposaient. Nos contenus se répondaient, se relayaient. C’était fluide, organique. On avait vraiment un fil rouge commun. Honnêtement, on était nous-mêmes impressionnées par le résultat! Les participant·es l’ont d’ailleurs nommé : ils et elles ont ressenti cette cohérence et cette unité.

Des profils variés, un même désir d’apprendre

Quentin – Justement, quel était le profil des personnes participantes ?

Maude – On visait des personnes qui se reconnaissent comme nouvelles dans la fonction de coordination.  Peu importe si elles étaient en poste depuis six mois ou trois ans: ce qui comptait, c’était ce sentiment d’être encore en apprentissage.

La plupart avaient déjà un parcours professionnel riche, mais débutait dans cette fonction. On a eu une belle diversité de territoires, de profils, de secteurs. Et surtout, une vraie envie d’apprendre ensemble.

On avait aussi organisé une rencontre préalable, en ligne et animée par la CPDC, pour donner quelques repères de base sur le développement des communautés. On a vite constaté que pour tirer pleinement parti de la formation, il fallait avoir un minimum de vécu dans le rôle, des référents, du concret. C’est une formation qui prend tout son sens quand on a déjà les deux pieds dedans.

Un fil rouge commun

Quentin – Peux tu nous présenter les différentes grandes parties de la formation ?

Maude – On a abordé plusieurs grands thèmes :

  • L’animation des processus collectifs
  • La mobilisation et l’engagement (celui que j’animais)
  • La gouvernance et la prise de décision collective
  • Les styles de leadership et les défis d’accompagnement
  • Les tensions inhérentes à l'accompagnement de processus collectifs (le Je et le Nous, le rapport au temps, etc.)
  • L’intégration, le renouvellement des pratiques, trucs et astuces, outils, etc.

Des temps d’intégration étaient aussi prévus entre les blocs, pour que les participant·es puissent faire des liens avec la pratique. Écrire, échanger, ralentir. Malgré tout, c’est un des défis qui est ressorti : comment partager aux membres des collectifs nos apprentissages, réflexions, questionnements et ajuster nos pratiques en conséquence? On observe aussi ce questionnement dans nos formations à Communagir, c’est vraiment un chantier à poursuivre.

Soutien mutuel et ajustements en direct

Quentin – Comment avez-vous géré les imprévus, les ajustements pendant la formation ?

Maude – Ça a été un peu de  travail, mais aussi une force de notre équipe. On avait prévu des points de rencontre entre formatrices après chaque demi-journée. On recueillait les échos, on partageait nos impressions, on s’ajustait rapidement. Et comme on était six formatrices, on pouvait vraiment se soutenir. Quand l’une animait, les autres étaient là pour appuyer, écouter, observer, intervenir au besoin.

On a même modifié le déroulement final en cours de route, parce que les participant·es avaient besoin de temps pour préparer leur retour dans leur milieu. On a donc ajouté une Troïka à la suite du Forum Ouvert, pour les aider à clarifier leurs prochains pas. Cette capacité d’adaptation en équipe a été précieuse.

Une expérience humaine, riche et authentique

Quentin – Quel a été ton moment fort ?

Maude – L’un des moments les plus marquants a été l’activité sur l’écoute courageuse, tenue le deuxième soir. C’était optionnel, et pourtant presque tout le groupe est revenu. Le niveau d’engagement était impressionnant. Les gens avaient besoin d’échanges vrais, de relations profondes. C’était un moment d’authenticité, avec des rires, des larmes, des partages sincères.

Ce qui m’a aussi marquée, c’est que plusieurs personnes ont exprimé un sentiment de solitude dans leur rôle… malgré le fait qu’elles travaillent avec des collectifs. C’est paradoxal et révélateur. Et ça confirme que notre choix de proposer une formation en présence, profondément humaine, était juste. Les gens avaient besoin de se déposer, de se reconnecter à ce qui les anime.

Des échos enthousiastes et des suites à inventer

Quentin – Quels sont les retours que vous avez reçus ? Et la suite ?

Maude – Les évaluations sont très positives, tant sur le fond que sur la forme. Les participant·es ont souligné l’efficacité du format à plusieurs, la disponibilité des formatrices, la richesse des échanges. Le fait qu’on porte le projet à plusieurs allège aussi la pression : quand j’animais, je savais que d’autres étaient là pour soutenir. C’était très nourrissant.

La volonté de refaire une édition est bien présente. On explore maintenant les options : une version plus avancée ou une édition territorialisée, pour favoriser des communautés d’apprentissage locales. Ce serait super intéressant, mais ça amène aussi de nouveaux défis. On se revoit à l’automne pour en discuter.

Être l’exemple de ce qu’on propose

Quentin – Un dernier mot ?

Maude – Je dirais simplement qu’on a voulu incarner ce qu’on prône : travailler ensemble, malgré nos différences. On aurait pu se voir comme des compétiteurs, mais on a choisi la collaboration. Et ça a fonctionné parce qu'on était sincèrement au service d'un projet commun et d'un profond désir d'apprendre et d'expérimenter. Une volonté partagée de créer quelque chose de pertinent et d’utile. Et ça, c’est précieux.

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