Retour sur la nouvelle vague municipale – 18 et 19 mars 2026 - Nicolet

Je suis allée au 2e Rendez-vous de la nouvelle vague municipale à Nicolet et j’en suis repartie avec une lueur d’optimisme. J’ai notamment participé à l’atelier intitulé « Être élu dans un milieu qui dispose de peu de ressources : comment être créatif et opérer les changements souhaités? » et les discussions autour de la créativité des élu·es en milieu restreint m’ont confirmé que le manque de moyens peut s’avérer un moteur pour l'imagination politique. En écoutant les témoignages de personnes venues des quatre coins du Québec, j’ai constaté que la transition ne se joue pas seulement à coups de millions, mais aussi de courage et de solidarité.

Le ton a été donné dès l'ouverture par la mairesse de Nicolet, qui a rappelé une vérité fondamentale applaudie par toutes et tous : nous habitons des territoires avec des limites géographiques et écologiques. Dans ce contexte, continuer de rêver à une expansion infinie et une croissance illimitée est une impasse. Pourtant, loin du constat d'échec, la reconnaissance de ces limites devient le point de départ d'une nouvelle façon de faire de la politique.

J’ai entendu des histoires inspirantes où l’on ne se bat plus seul·e dans son clocher. Plutôt que de s'épuiser à essayer de tout posséder, des élu·es choisissent de partager. On mutualise un directeur général avec le voisin, on crée des régies d'incendie communes, on se prête des camions de voirie lors des crises ou des systèmes de sonorisation et d’éclairage pour des fêtes de village. C’est une petite révolution de l’humilité d’admettre qu’on est plus fort·e ensemble et que la qualité du service à la population importe plus que le prestige d’avoir son propre équipement stationné dans le garage municipal.

Ce qui m’a le plus surprise et même un peu destabilisée, c’est cette audace de briser le tabou de la fiscalité par la pédagogie. Certaines personnes ont admis avoir gagné leurs élections en promettant… d’augmenter les taxes. Pourquoi? Parce qu’elles ont su lier chaque dollar à une vision concrète, comme le verdissement du cœur villageois ou la création d’une passerelle de mobilité active. Quand les gens voient leur milieu de vie se transformer, quand ils sentent que leur argent devient un investissement pour la fierté collective, les barrières tombent.

relfexion

L’espoir réside aussi dans cette capacité à devenir des « magiciens des montages financiers ». J’ai souri en entendant comment un petit montant de 5 000 $ attribué pour la création d’un skatepark a pu, par un jeu complexe de partenariats avec des OBNL, des entreprises locales et des programmes de subvention, se transformer en un projet de près de 200 000 $ porté par les jeunes du village. Ces élu·es ne sont plus de simples gestionnaires de comptes, mais jouent un rôle de catalyseur en mobilisant l’intelligence collective et les ressources de la société civile, comme en témoigne la création d’un club de ski de fond par des citoyen·nes grâce à un budget participatif!

Au Québec, une nouvelle garde municipale refuse la fatalité. Les élu·es qui la composent se voient comme des professionnel·les de la proximité, des praticien·nes qui acceptent de prendre des « pas de recul » lorsque l’adhésion citoyenne vacille pour mieux avancer ensemble par la suite. Elles et ils préparent le terrain pour la prochaine génération en créant des fonds de capitalisation ou en protégeant le patrimoine naturel sans aucune certitude d’être là pour couper le ruban dans vingt ans.

En quittant Nicolet, je me suis dit que ces élu·es sont nos meilleur·es partenaires pour faire tomber les barrières du conservatisme. Ils nous prouvent que la créativité est la monnaie la plus précieuse des milieux ruraux. Si nos ressources sont finies, notre capacité à collaborer, elle, est inépuisable. C’est là que se trouve le véritable moteur du changement pour le Québec de demain.

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