Le 6 février dernier, les équipes de l’OVSS et de Communagir ont franchi ensemble les portes du Musée des beaux-arts de Montréal

Notre destination : l’univers de Kent Monkman, et plus spécifiquement son exposition L’Histoire est dépeinte par les vainqueurs, qui revisite l’histoire de l’île de la Tortue à travers le prisme de son alter ego bispirituel, Miss Chief Eagle Testickle. 

Pourquoi cette sortie ?

Dans le cadre de notre démarche collective autour des perspectives décoloniales, nous cherchions à vivre une expérience qui dépasse le cadre théorique. Après avoir vécu l’exercice des couvertures en juin dernier, nous avions cette volonté de continuer à nourrir nos « ancrages vécus » communs. Choisir l’œuvre de Monkman, c’était accepter de vivre un moment expérientiel et transformateur, capable de nous faire ressentir nos propres biais coloniaux. Il s'agissait de nous responsabiliser individuellement, mais de le faire ensemble, pour que ce cheminement infuse durablement nos pratiques d’accompagnement, de partenariat et de mobilisation des connaissances.

Une immersion grandiose et déstabilisante

L'esthétique de l'exposition est tout simplement magnifique. La grandeur des toiles et la minutie des détails sont si impressionnantes qu'on se sent littéralement aspiré·e par les œuvres. On a l'impression d'habiter les tableaux, de faire partie de la scène. Monkman utilise la virtuosité et les codes de la peinture classique européenne pour en renverser le récit. Sur la description d’un des tableaux, on peut d'ailleurs lire que « Miss Chief est là pour remettre en question les récits dominants, toutes époques et tous lieux confondus ». En insérant cet alter ego dans des scènes historiques revisitées, l'artiste expose avec une ironie tranchante et une émotion brute la violence systémique, les rafles et les pensionnats, tout en célébrant la résilience et la souveraineté des peuples autochtones.

communagir
Un retour sur l’expérience

Personnellement, j’en suis ressortie avec le sentiment d’avoir été « décentrée ». Être confronté·es à ces toiles monumentales nous force à constater l'étroitesse de notre propre regard. J'ai ressenti un mélange de fascination devant la maîtrise artistique et de malaise nécessaire face aux vérités représentées. Voir ces scènes en équipe a ajouté une couche de profondeur : dans les silences partagés devant certaines œuvres et dans les échanges qui ont suivi, on sentait que nous ne regardions pas seulement des tableaux, mais bien les angles morts de notre propre histoire collective.

Cette visite n’était pas une simple activité culturelle. C’était une manière de nous confronter à l’inconfort, d'ébranler nos certitudes et de cultiver une humilité indispensable pour la suite de notre travail.

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Poursuivre la réflexion

Comme pour nos précédentes étapes, cette expérience vient nourrir notre réflexion sur le « développement » et sur la manière dont nous occupons l’espace. Elle nous rappelle que décoloniser, c’est aussi réapprendre à voir et à ressentir. Pour donner suite à cette visite, nous avons d'ailleurs tenu un espace de retour en mode club de lecture le 20 février dernier, portant spécifiquement sur les œuvres autochtones, afin de partager nos réflexions, de mettre des mots sur nos émotions et de croiser nos apprentissages.

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